L'essence de la souffrance

Cette chair dénuée de toutes saveurs.
Les miasmes vaporeux nous écoeurent.
Je suis las, il n'y a plus rien en moi
Quand je me regarde je ne me vois plus.

Le charme pourpre de tes idées languissantes
S’affirme tout entier d'une joie béante
Nous quittons désormais cette enveloppe terrestre
Avec son cortège de futilité désarmante.

Les sirènes n'y changeront plus rien,
Je coule comme je pleure, dans les dédales de folie
Où l'on s'enivre d'odeurs illicites
Quand je me regarde, je pleure sur mes amours déchus.

L'alcool brûle mes derniers souvenirs
L’éther scintillant du passé se mêle aux astres.
Alors ni les colombes ni les chaînes ne me feront revenir
Et les cloches funèbres couvrent mes sanglots.

Quand je me regarde, il n'y a jamais personne
Il n'y a rien que cette chair sans volupté
Où jamais l'empreinte de l'amour ni s'y soient posées
Où jamais les lèvres d'une belle n'y ont rêvé.

Les plaisirs artificiels écartèrent tous ses dessins tactiles.
L'amour est à côté de moi, je ne puis y toucher,
Elle s'entoure de chaînes de fleurs qui paraissent
Bien plus dures que les barreaux de ma prison.

Une ombre, puis deux, devant mes yeux
Les mains cachent la lumière qui brille du fond des cieux.
Le limpide regret coule du haut des sphères,
Qui par le souffle d'une magnifique cascade.

J'avais pour la première fois été effleuré d'amour.
Par les limbes je m'étais évadé
D’une Atlantide cachée au fond de quelques sirènes
Qui me retenaient de leurs champs et de leur corps.

J'ai plongé dans ses yeux, bleu si profond,
J’ai visité son coeur, dans les sens, de tous les sangs.
Et d'une de ses larmes, j'ai jailli sur sa joue
Pour couler, jusqu'à l'encoignure de ses fines lèvres.

J'aurais voulu tout savoir d'elle, sans que le temps ne nous presse.
Mais un seul baiser nous aurait pressé dans l'immensité.
Mes sens caressent tout son être,
Tout en me bousculant à cette tendre et transparente candeur.

Mais l'angélus qui tinte au lointain,
Semble un râle jamais oublié
Par toutes les foules d'amants au coeur écorché,
Faisant ainsi le paradis du malin.

Dans le lagon de ses plus beaux désirs,
Les sphères nacrées abondent dans le pâle azur,
Repoussant aux frontières de l'ombre et sans mesure
Le responsable des maux qui consument nos plaisirs.

Alors libre au plus futile courant
De me transporter vers les plus belles courbes de la passion.
Ces courbes qui s'enlacent, se tortillent au fond de nous.
Sortons ces passions, et vivons les plus, enflammons-nous.

Elle dirige nos vies, et fait couler nos raisons
Comme les larmes transparentes que nous donnent les anges.
On s'entoure de cette lueur où seul transparaît l'innocence,
Les vertus ne sont que plus grandes et la vie plus courte.

Cette fois l'idéal se palpe enfin,
Et le valet de pique et la dame de carreau
Qui avaient enchaîné la passion derrière le miroir,
Deviennent à nouveau, sortant du tombeau, la dame et l'as de coeur.

Mes yeux s'ouvrent, je ne vois plus l'âpre reflet
Et je gis heureux sur ce sable paresseux.
Mais je viens de mourir, sous ces mots qui tuent,
Mais quelle mort, que de mourir dans les bras d'un ange qui sourit.

Je coule d'un sable paresseux, à un désespoir si noir,
Je tombe en arrière, et j'écrase toutes mes incertitudes
De mes sanglots, on n'y retrouve mon sang.
J'ai si froid désormais, qu'aucun sourire ne me réchauffe.

Les ombres tardives encombrent ma vie.
Cette vie qui n'a eu que quelques éclaircies,
Mais si souvent le désordre et la faiblesse ont dominé.
Le temps m'échappe, l'amour aussi, je ne suis plus.

Vous ne m'avez jamais compris, dans vos insultes
Vous avez créé les larmes qui m'ont tué.
Vos yeux qui me scrutaient sans cesse, avec froideur,
N’ont été que pour moi, mon triste bourreau.

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